Vie de l'agence - 29 mai 2026

L'IA au quotidien dans un cabinet conseil en durabilité

Interview de Marti Sulstarova, notre stagiaire qui étudie à l’Université de Saint-Gall

Marti, peux-tu te présenter en quelques mots et nous expliquer ta mission chez Blossom et partenaires en matière d’IA ?

Je suis étudiant à l'Université de Saint-Gall en économie et suis spécialisé en analyse de données et finance durable. J'ai toujours suivi de près les nouvelles innovations technologiques, et l'IA en fait évidemment partie.

Blossom m'a donné l'opportunité de relier cette passion des données à un cadre professionnel. Il est certain que dans le monde du consulting, l’IA apporte des défis qu’il faut relever. La Direction a tout de suite anticipé cette nouvelle dimension et a créé un poste avec des ressources pour intégrer l’IA au sein de l’agence. Mon travail va de la veille des outils IA, qui ne cessent d’évoluer rapidement, à la compréhension des processus internes qui pourraient en tirer parti, des habitudes de travail et je forme l'équipe à son usage, à prompter, en prenant un temps privilégié avec chacun et en m'appuyant sur mes recherches et l'expertise que j'ai développée. Et tout ceci dans un cadre formel, en lien avec les valeurs de l’agence, pour une utilisation éthique, raisonnée et optimisée des outils. J’ai aussi contribué à l’évolution de la charte IA.

Au-delà des gains d’efficacité, comment vois-tu l’IA transformer le métier du conseil en durabilité dans les prochaines années ? Quelle place Blossom devrait-elle lui accorder pour renforcer son expertise, créer davantage de valeur pour ses clients et préserver ce qui fait la spécificité du conseil humain ?

L’IA est une innovation qui change profondément les façons de travailler et qui évolue très rapidement. Mais dans son état actuel, elle reste avant tout un outil. Aujourd’hui, il existe encore peu de situations où elle peut remplacer complètement une personne, surtout dans les métiers du conseil où l’analyse, le discernement et la compréhension des enjeux restent essentiels.

Dans un cabinet comme Blossom, l’IA est surtout un levier qui permet d’augmenter les capacités des équipes. Elle aide à gagner du temps, à optimiser certains processus et à traiter plus rapidement de grandes quantités d’informations. Sa valeur réside davantage dans sa capacité à compléter l’expertise humaine qu’à s’y substituer.

Concrètement, elle peut être utilisée au quotidien pour améliorer la rédaction de textes, structurer des documents, réaliser des recherches sectorielles approfondies ou encore comparer et synthétiser de nombreuses sources d’information. Certains travaux qui nécessitaient auparavant plusieurs heures peuvent ainsi être réalisés beaucoup plus rapidement.

Dans mon expérience chez Blossom, elle est également très utile comme outil de réflexion. Lors de phases de brainstorming ou d’analyse, elle permet de faire émerger de nouvelles pistes, de challenger certaines idées et d’explorer différentes approches. Cela laisse davantage de temps pour les tâches à forte valeur ajoutée, comme l’échange avec les clients, l’analyse stratégique ou l’accompagnement au changement.

Pour autant, l’automatisation complète n’est ni l’objectif ni la réalité actuelle. Les contenus produits par l’IA doivent toujours être vérifiés, contextualisés et validés par des personnes qui maîtrisent les sujets traités. C’est particulièrement vrai dans le domaine de la durabilité, où la fiabilité des données, la compréhension des enjeux et l’esprit critique sont indispensables.

À l’avenir, l’enjeu ne sera probablement pas de remplacer les consultants par l’IA, mais plutôt de trouver le bon équilibre entre les capacités offertes par la technologie et ce qui fait la valeur du conseil humain : l’expertise, le jugement, la créativité et la compréhension des besoins des clients.

Qu’est-ce qui distingue, selon vous, une IA réellement utile pour un cabinet de conseil comme Blossom d’un simple effet de mode ? Quels éléments sont pris en compte avant de l’intégrer dans les pratiques de travail ?

Les principaux critères qui guident notre choix sont la performance des outils, les modalités de stockage et de traitement des données, ainsi que les garanties apportées en matière de confidentialité. Un point est pour nous absolument non négociable : les données et contenus que nous confions à une IA ne doivent en aucun cas être utilisés pour entraîner les modèles des fournisseurs.

À ce jour, les solutions développées par les acteurs américains demeurent les plus performantes. Elles bénéficient non seulement de modèles de pointe, mais également d’un écosystème particulièrement riche de connecteurs et d’intégrations qui s’articulent facilement avec les logiciels que nous utilisons déjà au quotidien. Cette maturité technologique constitue un avantage important en termes d’efficacité et d’adoption par les équipes.

Le principal arbitrage concerne toutefois la circulation et la gouvernance des données. Nous devons nous assurer que les informations sensibles soient traitées et stockées dans un cadre conforme aux exigences européennes et suisses, avec des garanties élevées en matière de sécurité et de protection des données, quand bien même tout est anonymisé.

C’est précisément sur ces aspects que nous nous sommes fait accompagner par un cabinet d’avocats spécialisé. Son rôle a été de nous aider à analyser les conditions générales d’utilisation des différents fournisseurs, à identifier les risques éventuels et à comprendre les potentielles implications juridiques de ces services dans les juridictions suisse, européenne et américaine.

Au-delà de l’effet de mode, une IA n’a donc de valeur pour un cabinet de conseil comme Blossom que si elle répond simultanément à trois exigences : une réelle plus-value opérationnelle pour les équipes, une intégration fluide dans nos outils de travail et un niveau de protection des données pleinement compatible avec nos responsabilités envers nos parties prenantes.

Vous élaborez une charte IA pour Blossom. Quels sont les principaux risques à encadrer et les bonnes pratiques à promouvoir ?

La charte IA est fondamentale : c'est notre cadre de référence. Elle définit clairement ce qui peut être fait, ce qui ne peut pas l’être, quelles données peuvent être introduites dans quels outils, quels usages sont autorisés et quels outils ont été validés par le cabinet.

Dans un cabinet de conseil, les principaux risques concernent avant tout la confidentialité des données, la conformité aux réglementations en vigueur, notamment le RGPD et la LPD, mais aussi la qualité et la fiabilité des analyses produites. Une IA peut halluciner des approximations ou des biais qui, s'ils ne sont pas détectés, peuvent se retrouver dans certains de nos livrables. Elle ne doit donc jamais se substituer à l'expertise, au jugement professionnel et à l'esprit critique ainsi qu’au contrôle des consultants.

La charte vise également à clarifier les responsabilités de chacun. L'utilisateur reste responsable du contenu produit avec l'aide de l'IA, de sa vérification et de sa pertinence. L'outil doit être considéré comme un assistant qui permet de gagner en efficacité, et non comme un expert auquel déléguer la réflexion.

Enfin, cette démarche s'inscrit dans une logique de cohérence avec les valeurs de Blossom. Nous souhaitons encourager l'innovation et tirer parti des opportunités offertes par l'IA, tout en garantissant un usage responsable, sécurisé et transparent. L'objectif est de permettre aux équipes de bénéficier de ces technologies avec confiance, dans un cadre maîtrisé qui protège à la fois nos clients, nos collaborateurs et la qualité de notre travail.

En tant que cabinet engagé dans la durabilité, comment conciliez-vous les opportunités offertes par l’IA avec ses impacts sociaux et environnementaux ?

L'impact social et environnemental de l'IA est un enjeu incontournable. Je recommande d'ailleurs la lecture de l'article de Laurence De Cecco publié dans Bilan, qui explore ces questions de manière approfondie.

Là encore, la charte IA joue un rôle essentiel de cadre de référence. Elle nous rappelle que ces technologies, aussi puissantes soient-elles, ne sont pas neutres. Leur fonctionnement repose sur des infrastructures énergivores, consommatrices de ressources, et soulève également des enjeux sociaux tout au long de leur chaîne de valeur.

L'idée n'est donc pas d'utiliser l'IA systématiquement, mais de l'employer lorsqu'elle apporte une réelle valeur ajoutée. Lorsque des alternatives plus sobres existent et répondent au besoin, elles doivent être privilégiées. Cette logique de discernement et de sobriété fait pleinement partie d'une utilisation responsable de l'intelligence artificielle.

Enfin, le choix des fournisseurs est lui aussi important. Au-delà des performances technologiques, nous accordons une attention particulière à leurs convictions et leurs engagements en matière de protection des données, de transparence et de responsabilité. En tant que cabinet de conseil spécialisé dans la durabilité, il est essentiel que les outils que nous utilisons soient cohérents avec les valeurs que nous défendons.

D’autres actualités qui pourraient vous intéresser